Même chômeur on continue de se faire virer

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Mme Pénicaud décide d’en finir avec le comptage des Demandeurs d’Emploi en fin de Mois (DEFM). Elle veut donner un indicateur trimestriel, au motif que ça n’a pas de sens de commenter la hausse ou la baisse d’un mois sur l’autre. En effet le nombre d’inscrits à pôle emploi augmente toujours entre août et mars. Il baisse toujours entre mars et juin. En fait, en septembre, on commente surtout la fin de la saison touristique d’été… Le nouvel indicateur enlèvera certes cet effet mais ne sera pas meilleur.

Pour baisser le chômage, le gouvernement incite toujours pôle emploi à utiliser toutes les méthodes à sa disposition : radiation des inscrits ou changement de catégorie. D’ailleurs depuis 1996 ce qui a vraiment changé, c’est le nombre d’inscrits dans les catégories qu’on ne compte pas. La démultiplication des contrats précaires engendre des inscrits de catégorie C. Le recours aux formations qui souvent ne servent à rien déplace les inscrits dans la catégorie D. La baisse des chiffres du chômage est-elle vraiment une fin en soi ? Aspire-t-on vraiment à une société de tâcherons précaires ? De citoyens suivant des stages powerpoint faits par des instituts payés par nos deniers ? N’aspire-t-on pas plutôt à une société où les citoyens peuvent vivre dignement de leur travail ?

En vingt ans le chômage n’a réellement baissé que deux fois : en 2000 après la mise en place des 35h et en 2006 au moment du départ en retraite des enfants du baby-boom. Les élus et technocrates libéraux depuis Sarkozy nous font avaler des couleuvres en promettant de baisser le chômage. La palme va au duo Hollande-Macron qui a réussi à annuler une baisse du chômage pourtant mécanique du fait de la démographie. Ils ont facilité les licenciements et fait exploser les revenus du capital. Ils ont réussi à prouver qu’une politique libérale détruit les emplois. Finalement, leur seul but à tous, c’est l’application d’une partie des codes du libéralisme, la partie qui précarise les travailleurs sans la partie qui casse le pouvoir des rentiers.

 

Au mois de septembre de chaque année, un pic d’inscriptions arrive à pôle emploi. C’est notamment la fin de la saison estivale. Entre août et mars, le nombre d’inscrits augmente toujours. Il baisse toujours entre avril et juin.

Mme Pénicaud demande d’arrêter le commentaire de la rentrée des vacances qui tous les ans annonce la hausse du chômage. Le nouvel indicateur ne sera pour autant pas meilleur. Nos dirigeants ne font construire que les indicateurs qui servent leurs intérêts. Des indicateurs imaginés sur la base de leur idéologie et de celle de l’Europe. Pour le chômage, il s’agit toujours de ne compter que les personnes sans aucune activité et qui sont disponibles à 100 % pour obtenir un emploi quel qu’il soit. Être un bon élève européen, c’est baisser le chiffre du chômage quel qu’en soit le prix.

De base, pour être compté par pôle emploi, il faut s’inscrire. N’oublions pas cependant qu’un grand nombre de personnes ne s’inscrit pas à pôle emploi. Les personnes qui ne sont bénéficiaires d’aucune allocation se présentent peu. Mêmes celles bénéficiaires d’un droit n’y prétendent pas toujours : une personne éligible au RSA sur deux n’en fait pas la demande. Ajoutons que lorsqu’elles s’inscrivent une première fois, à la première radiation, elles ne renouvellent pas l’expérience.

Lorsque l’inscrit trouve un emploi, il est radié, mais cela ne correspond qu’à 20 % des radiations !

Dans 80 % des cas, l’inscrit est radié pour une des raisons suivantes :

– non actualisation de la demande d’emploi ;

– non respect de l’obligation de recherche d’emploi ;

– refus, sans motif « légitime » :

 d’élaborer et d’actualiser le projet personnalisé d’accès à l’emploi (PPAE),

 de suivre une action de formation, d’aide à la recherche d’emploi ou d’insertion

 d’accepter des « offres raisonnables d’emploi »

 de se rendre à toute convocation de Pôle Emploi

Dès lors, rien de plus simple. Quand vous souhaitez faire baisser votre nombre d’inscrits, il suffit d’augmenter le nombre de convocations ou de contrôles. Sur le nombre il y en aura forcément dans le tas qui ne seront pas joignables, qui ne pourront pas se déplacer, qui oublieront ou qui se décourageront. Vous pouvez aussi changer la définition de « offre raisonnable d’emploi ». Par exemple, si on se met à considérer qu’un emploi à 200km de chez vous devient raisonnable (hein, plutôt que de foutre le bordel ?), ça devrait permettre de radier pas mal de monde.

Il se peut qu’une partie des radiés viennent se réinscrire par la suite. Ça n’est pas grave. Le temps qu’ils se réinscrivent vous en aurez radié d’autres.

Le chiffre du chômage le plus souvent commenté est celui des chômeurs inscrits en catégorie A (ceux qui n’ont exercé aucune activité au cours du mois). Si vous êtes vraiment pointus sur le sujet, à la rigueur vous pouvez regarder les inscrits de catégorie B et C (ceux qui ont exercé une activité réduite dans le mois). Mais vraiment personne ne se soucie des catégories D (en formation stage, maladie…) et E (en contrat aidé). La casse du code du travail a fait fleurir les petits jobs sous payés. Cela n’a pas diminué les inscrits de catégories A, mais les nouveaux précaires sont invisibles, au mieux inscrits dans les catégories B et C. Encore mieux, les inscrits sont régulièrement forcés de suivre des formations. Évidemment, dans des instituts dirigés par les copains des politiques. De l’argent dans leur poche et des chômeurs de catégorie A directement passés dans la catégorie D sans pour autant qu’ils aient retrouvé une activité. On comprend mieux pourquoi notre cher président insiste fortement sur la formation pendant la recherche d’emploi.

Finalement dans notre suivi du chômage depuis 20 ans, ce qui saute aux yeux c’est surtout la capacité des différents gouvernements à trouver des palliatifs à un emploi pérenne et de qualité. D’une part les formations (catégorie D) et les contrats aidés (catégorie E) ont beaucoup augmenté. Mais surtout, la casse du code du travail (donc du CDI) a fait exploser les contrats courts et à temps partiels (catégories B et C). Ces contrats ne permettent pas aux citoyens de subvenir à leurs besoins puisqu’un grand nombre s’inscrit à pôle emploi.

Au début des années 2000, le chômage a effectivement diminué après la mise en place des 35h. Les besoins de production ne bougent pas mais les travailleurs n’ont plus le droit de travailler autant. Pour maintenir la production, les patrons ont du faire des embauches massives.

En 2006, c’est le début du départ en retraite des enfants du baby-boom (pic de naissances à la fin de la 2e guerre mondiale). Ce papy-boom a libéré l’accès aux emplois pour de nombreux inscrits. Dans les entreprises, les jeunes remplacent une main d’œuvre qui part en retraite. Or, Il y a en 2006, beaucoup moins de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi que d’anciens qui partent en retraite. Le chômage baisse mécaniquement, ça n’a rien à voir avec une quelconque réforme ou « meilleure santé » du marché du travail. C’est ce qu’on appelle un effet démographique.

François Hollande avait promis une baisse du chômage. Évidemment, il suffisait de regarder la pyramide des âges en 2012 pour prévoir que le chômage allait baisser pendant le quinquennat.

Entre 2012 et 2017, les enfants baby-boom continuent de partir en retraite. En même temps, peu de jeunes arrivent sur le marché du travail. Avec plus de départs que d’arrivées, mécaniquement on prévoit que le chômage baisse. C’est un effet démographique.

En 2012, on sait que la crise est sur la fin. La France grâce à ses institutions en a beaucoup mois pâti que ses voisins. Notre économie était beaucoup moins ouverte au quatre vents. Dès lors, on imagine retrouver le niveau de chômage de 2006, autour de 8 %. À moins de vraiment, vraiment merder.

En 2017, on constate que la baisse attendue n’a pas eu lieu. Le nombre d’inscrits ne diminue très légèrement que depuis le début de l’année 2017.

Le président Hollande et le ministre de l’économie Macron, sans rien faire auraient dû connaître une baisse du chômage. Leur politique a dérégulé le marché du travail en période de crise. Ils ont facilité le licenciement quand les grands groupes cherchaient à attirer des actionnaires. Ils ont mis en place le CICE permettant aux actionnaires français d’être les mieux rémunérés d’Europe sans faire la moindre embauche. En résumé, ils ont réussi à annuler l’effet démographique. C’est-à-dire quasiment annuler la baisse de chômage. Par rapport à celle de 2006, la baisse entre 2012 et 2017 est ridicule. C’est un exploit, ils ont réussi à prouver que la politique libérale n’est pas neutre. Elle détruit les emplois.

Pierre Chaillot

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