Ouvrons le débat : 2017, année électorale, ça se prépare collectivement (12). Un exemple en Allemagne.

Nouvelle image (3)
http://www.humanite.fr/

Berlin : l’extrême-droite pousse, mais la gauche ne cède pas.

Si les élections régionales de dimanche à Berlin, ont marqué une poussée de l’extrême-droite, elles ont aussi donné une large victoire au parti Die Linke ( + 5% ), donnant la majorité aux trois partis de gauche, et ouvrant la porte à une nouvelle coalition. C’est ce qu’explique Martina Michel, membre de Die Linke.

Comme lors des deux précédentes élection régionales en Allemagne, la presse a préféré insister sur la montée en puissance de l’extrême-droite, et sur le désaveu présumé de la politique de la chancelière Angela Merkel ( CDU ) envers les réfugiés, pour expliquer cette poussée ( relative cependant, si on la compare à la France – 14,2% ). L’explication est courte. D’abord parce que rien ne dit que c’est uniquement sur la question des réfugiés que Merkel a été sanctionnée. Ensuite parce que le parti Die Linke, situé à l’extrême-gauche de l’échiquier politique, et qui fait de l’accueil de réfugiés, l’un des points centraux de son programme politique – a gagné lui, 5% dans l’élection régionale de Berlin. Les Verts, qui eux aussi militent pour l’accueil des réfugiés, ont vu leur score se maintenir. Seul le SPD ( Socialistes ) a chuté, mais rappelons qu’il gouverne pour l’instant au sein d’une coalition avec la CDU d’Angela Merkel. Entretien avec Martina Michels, députée européenne ( GUE/GVN ), membre de Die Linke.
Comment analysez-vous les résultats globaux de ce scrutin régional à Berlin ?
Martina Michels. Les résultats de ces élections régionales montrent que la grande coalition entre la CDU et le SPD a été sanctionnée pour sa mauvaise gouvernance, et c’est une chance à saisir pour un vrai changement politique. Die Linke arrive en troisième position avec 15,6% des voix, et elle est même en tête dans les districts de l’Est de la ville. De tous les partis, c’est le seul représenté au Parlement national, qui a gagné des voix de façon significative,  par rapport aux élections de 2011 à Berlin.
Comment expliquez-vous ces bons chiffres de Die Linke ?
M.M. La clé du succès a tenu dans une question apparemment simple : « Qui possède la ville ? » En fait, en plaçant cette question à la tête de sa campagne, Die Linke a invité tout le monde à participer à un processus démocratique en débattant sur les enjeux sociaux et culturels dans une ville moderne, très ouverte d’esprit. La campagne a ainsi mis sur la table les questions de la pauvreté et de la politique du logement, mais elle a aussi pointé les question très actuelles comme la numérisation de l’éducation, l’emploi ou l’administration.
C’était une stratégie courageuse, qui pouvait sembler ne pas être dans l’air du temps, mais elle a attiré beaucoup de jeunes électeurs.
L’autre aspect clé de ce scrutin, c’est que Die Linke n’a jamais cédé à aucune forme de sentiment nationaliste, mais qu’elle a toujours mis l’accent sur les questions locales et sur la solidarité internationale, sans angélisme. Les membres du parti, dont beaucoup se sont investis comme bénévoles pour aider les réfugiés au cours de l’an dernier, savent très bien que l’intégration sociale et culturelle des migrants, n’est pas une chose facile à réaliser.
Il n’y a pas que le score de Die Linke dans cette élection. Il y a aussi la forte poussée de l’extrême-droite.
M.M. Bien sûr, nous ne pouvons pas ignorer le côté sombre du résultat, il faut se rendre à l’évidence de ce qui devient une question dans toute l’Europe : même dans une grande métropole qui accueille des personnes de tous les continents, on ne parvient pas à enrayer la montée de l’extrême-droite, d’un parti populiste comme l’AfD.
Le débat pour savoir si l’Allemagne est en train de changer ses tendances politiques de fonds, avait commencé bien avant les élections de dimanche dernier. Mais à partir de maintenant cette question est beaucoup plus largement discutée, et aussi en dehors des structures des partis politiques.
Est-ce que ce vote va avoir des conséquences sur la recomposition politique au niveau national ?
M.M. Oui, et même au niveau européen. La nouvelle option, c’est une coalition gouvernementale Rose-Rouge-Vert ( SPD-Die Linke-Verts, NDLR ). C’est une idée qui est très bien accueillie par les électeurs, alors que les médias sont furieux.
Mais comme le souligne Klaus Lederer ( candidat de Die Linke à la présidence de Berlin NDLR ) , il faut qu’une pression continue à être exercée sur le gouvernement de la région ( Land ) de Berlin, pour que tout ne revienne pas comme avant le lendemain du scrutin. Il faut que le dialogue positif, incluant les citoyens, devienne enfin une routine quotidienne. Malheureusement, le parti social-démocrate allemand a montré à plusieurs reprises son ambiguïté par rapport aux débats démocratiques sur le terrain et en Europe, et pour l’instant, il ne donne guère l’impression de vouloir changer. Juste deux jours après que 320.000 personnes aient manifesté pour protester contre le CETA et le TTIP ( samedi dernier ), la convention du parti social-démocrate, fortement soutenue par Martin Schulz, a donné le feu vert à la direction et aux députés pour qu’ils votent en faveur du CETA. »

Laisser un commentaire