Personnes âgées dépendantes : quel avenir ?

Les élections départementales sont l’occasion idéale de reposer la question de la dépendance et surtout de son financement, puisqu’en effet les futurs conseils départementaux auront à se saisir de cette question pesant de plus en plus lourdement sur leurs finances en lien avec le vieillissement ( 25Milliards €/an dont on prévoit l’augmentation de 50 % d’ici 2035).

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On se souvient que sous le précédent quinquennat, il avait été question de la création d’un cinquième risque de la protection sociale relatif au financement de la dépendance. La principale piste évoquée alors consistait à assurer ce financement par des cotisations obligatoires auprès d’assureurs privés, rompant ainsi avec le principe républicain de la solidarité et donc avec l’égalité d’accès aux prestations. Mais, crise aidant, la création du 5ème risque pourtant annoncée par Sarkozy avec tambours et trompettes fut enterrée cette fois avec beaucoup de discrétion en 2011. Depuis les gouvernements socialistes de Mr Hollande se sont bien gardés de remettre l’ouvrage sur ce chantier, qui aurait dû pourtant figurer au cœur des préoccupations d’un gouvernement soi-disant de gauche.
De tout cela reste un statu quo qui fait reposer la charge sur les conseils départementaux et sur les familles dont le reste à charge devient de plus en plus insupportable. Sans évoquer les coûts exorbitants pratiqués dans les EHPAD (Établissement d’Herbergement pour Personnes Âgées Dépendantes) de la région parisienne (jusqu’à 3200€/mois), ceux pratiqués dans notre région APA comprise tournent autour de 2000€ en moyenne avec des disparités importantes d’un département à l’autre. Ces restes à charge des familles augmentent régulièrement chaque année en dépit des efforts de gestion des directions d’établissements. Il résulte de cette évolution que les inégalités se creusent entre ceux dont le montant de la retraite est suffisant pour couvrir ce reste à charge et ceux dont la retraite est insuffisante, mettant à contribution les familles c’est à dire essentiellement les enfants qui ont souvent eux aussi à charge encore des enfants en étude ou au chômage. Le système arrive à son point de rupture, et certaines familles en sont réduites à présent à retirer leur parent des institutions, ce qui augmente le risque de maltraitance. D’autres familles se voient contraintes de les « exiler » loin de chez eux, où les coûts sont encore supportables (de la région parisienne vers des départements comme le Cantal par exemple).
Il y a donc urgence à se pencher sérieusement sur ce problème. Ceci suppose de rompre avec des réponses simplistes du style « ouvrons de nouveaux lits d’EHPAD » comme le propose la liste de droite dont le 1er adjoint de Beaumont voudrait bien qu’il s’en crée un sur sa commune. Une réflexion sérieuse doit principalement s’interroger sur le besoin et surtout sur la nature de la réponse. En bref, il convient de savoir si l’on va privilégier le maintien à domicile ou l’institutionnalisation systématique des personnes. La ressource se fait rare ? raison de plus pour se focaliser sur un choix clair et y « mettre le paquet » plutôt que disperser les moyens en voulant tout faire au risque de le faire de manière inadaptée.
Le maintien à domicile est manifestement privilégié par les personnes âgées elles-mêmes angoissées à l’idée de quitter leur environnement familier. Il se trouve qu’il est aussi nettement moins coûteux. Mais cela ne peut se faire qu’en garantissant à ces personnes des prestations égales à celles qui leur sont offertes en institution (soins infirmiers, kinésithérapie, ergothérapie, psychothérapie, actions de prévention…) ce qui générera autant de création d’emplois spécialisés. Il faut également se soucier dans un tel choix des «aidants» par la création d’accueil de jour permettant au personnes accompagnantes de souffler. Pour ce faire, il est impératif que la puissance publique assume pleinement cette prise en charge, ce qui suppose de cesser de se décharger sur des associations qui ont souvent une fâcheuse tendance à faire «du social» auprès des usagers tout en dégradant les conditions de travail des personnels (mini-contrats de quelques jours, temps partiel subi, non respect des conventions collectives,…). On le voit, la situation de la dépendance est en passe de devenir un problème majeur de notre société au détriment in fine des personnes âgées, dont nous avons pourtant le devoir de les traiter dignement dans le cadre de la solidarité républicaine. L’enjeu pour nos futurs conseils départementaux est fondamental, comme l’est celui de la solidarité avec les plus démunis, les chômeurs et les enfants défavorisés.

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